Le melon de l'antiquité à nos jour

Comme médication
Déjà cité dans le codex d'Hippocrate de Cos et par les médecins mésopotamiens, le melon est alors et surtout une décoction purgative ingurgitée avec du miel. Riche en eau, en sucre, énergétique, il contient notamment de la provitamine A, des vitamines Bl, B2, C... Désaltérant et rafraîchissant, il est aussi dépuratif et diurétique.



 

La tradition populaire l'utilisait donc contre les engorgements du foie, les affections intestinales (constipation) et urinaires (calculs, oligurie), les problèmes de peau (pulpe écrasée contre brûlures légères, sécheresse des mains et du visage, ridules, fatigue des paupières). Contre-indiqué aux diabétiques, dyspepsiques et entéritiques, il fut même quelque peu mis au placard par les apothicaires car il provoquait "vents et fièvres, violences putrides..." ou s'avérait, au XVIIe, " aliment ténébreux et humide".
 
 

A en mourir
!

Il est vrai que des grands de ce Monde abusèrent tant du melon qu'ils y laissèrent leur vie ! : Frédéric III de Styrie puis son fils Maximilien, les papes Paul II et Clément VII, voire le propre médecin de Louis XIII. Et l'Histoire relate aussi les célèbres "dérangements" d'Henri IV et de Louis XIV; "la gourmandise tue plus de gens que l'épée", disait Tuet....
 

Le voilà en bretagne

Pratiquée dans le Val de Loire dès le XVIème siècle, la culture du melon ne semble avoir gagné la Bretagne que très tardivement. Dubuisson-Aubernay en remarque avec curiosité la présence en 1636 dans le jardin de l'évêque de Rennes à Bruz, 'Véritable pépinière expérimentale", selon Alain Croix. Est-ce du même jardin qu'un autre évêque de Rennes tirera plus tard les melons servis à sa table dans les années 1730 ? Nous n'en savons rien.
 

Le Finistère, terre privilégière

C'est plutôt sur la côte finistérienne, au doux climat, que le melon s'implante vraiment au XVIIIème siècle. En 1794, Cambry le note dans les jardins de Pont-IAbbé et, surtout, s'étonne de ce que, dans la région de Plougastel, qui produit d'autres fruits rares en Bretagne, "les melons... viennent en plein champ". Cette tradition de grande culture du melon se maintient sur place durant tout le XIXème siècle, puisque, en 1908, Joanne remarque encore que "Plougastel alimente aussi Paris et Brest en melons et en petits pois estimés".
 

Grâce au chevaux !
Le melon a toujours eu une place de noblesse dans les ceintures vertes maraîchères françaises, nées autour des principales villes de garnison richement dotées, il est vrai, d'unités de cavalerie. Celles-ci furent une source d'approvisionnement en fumier de cheval Judicieusement exploité par les maraîchers pour la confection des couches chaudes. Grâce à cette technique et en association étroite avec le châssis maraîcher en toute zone urbaine il était permis de produire des légumes précoces et exigeants en chaleur Une réalité bien assise à la fin du XVIIIème siècle, au XIXème siècle et jusqu'à la première moitié du XXème.
 

Mais d'où vient il ?

Le Petit Gris de Rennes, curieusement, serait un mutant apparu entre les deux guerres mondiales chez le noir des Carmes, melon parfumé et sucré, à peau épaisse vert foncé, déprimé du côté du pédoncule floral et assez fortement côtelé. Mais devant de telles différences morphologiques entre les deux variétés, le doute est permis. Malgré, au départ, un manque d'enthousiasme de la part des melonniers à son égard pour son fruit trop petit, la prospérité de la culture du Petit Gris de Rennes, apparu dans les tenues maraîchères en 1925, coïncida avec l'abandon, en 1947-1948, de la technique des couches chaudes au profit de la simple culture sous châssis froids, à la manière du maraîchage nantais.
 

Un fruit de marché
Entre 1950 et 1960, au printemps, le melon Petit Gris de Rennes occupait 75% des surfaces vitrées mais la construction des premières serres maraîchères à Rennes en 1961 entama son déclin au profit du melon charentais. Le Petit Gris finira alors par n'être plus commercialisé que sur le marché local.