Article tiré de Pays de Bretagne n°24

Textes : Christine Barbedet. Photos : François Le Divenah


Le melon petit-gris de Rennes est un privilège, celui des gastronomes qui apprécient les saveurs rares d'un fruit connu depuis le XVIIe siècle. C'est la ténacité de Marie-Thérèse qui a permis de garder en bouche ce patrimoine gustatif dont la délicatesse n'a d'égal que le fondant.

Le petit-gris

«A 50 ans, je me suis dit ; qu'est-ce que tu as fait de ta vie professionnelle ? » Cette réflexion va mûrir doucement - comme la chair délicate du petit-gris - dans l'esprit de Marie-Thérèse Rescan. «Nous sommes maraîchers, et nous avons toujours fait du melon chez nous. Pour les fêtes, les baptêmes, mariages, communions, il a toujours été à l'honneur sur les tables du pays. Servi nature et rafraîchi pendant deux heures, c'est là qu'il est le meilleur.» On l'aura compris, si les petits garçons naissent dans les choux, chez les Rescan, à la Haye-de-Terre en Cesson-Sévigné, on naît... dans les melons.

Tel fut le cas de Jean-Claude, son mari, qui lui a transmis la fibre familiale. « Au cours des années soixante-dix, dans le bassin rennais, près de 400 tonnes étaient produites chaque année. Aujourd'hui, comptez à peine 30 tonnes. Nous en produisons 7. » Ce désintérêt s'explique par le mode de culture du petit-gris, peu adapté aux impératifs économiques de l'industrie alimentaire. Son écorce très fine ne supporte pas les maniements intermédiaires. Il se vend donc en direct le jour de la cueillette, sur les marchés locaux, et à l'unité chez les primeurs pour environ 25 francs le kilo. Trop d'aléas ont poussé bon nombre de maraîchers à mettre ce melon en quarantaine.

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