Le Petit Gris par Marie-Thérése

Cultiver le Petit Gris

Comme tous les melons, il a besoin de chaleur pour germer (21°) puis développer ses plantules (mini, +14°). Aussi sème-t-on sous châssis à 25°dès Janvier les graines du "Rennais" et celles d'un "sauvage" -le Benincasa ou le RS 841- qui fera office de porte-greffe résistant à la fusariose. Mis en place à 5 jours d'intervalle, la préséance revenant au porteur, le repiquage s'effectue pour les deux rejetons 10 jours après.

Le greffage

Dix huit jours plus tard arrive la délicate opération du greffage. Avec une lame de rasoir passée dans un bain chloré pour l'aspect sanitaire, les jeunes plants sont entaillés à mi épaisseur de tige; les deux estafilades sont aussitôt réunies et maintenues l'une sur l'autre par un lien souple puis le jumelage est repiqué en atmosphère confinée (humidité élevée) sous plastique où il restera 3 à 4 jours. Le décoiffage se fait ensuite jusqu'au moment du "sevrage", à J+30 : le pied du Petit-Gris et la tête du porte-greffe sont coupés, le plant est "recaché" en humide-chaud quelques jours et enfin définitivement mis en pleine terre sous serre, à raison d'un à deux pieds au m2. Le sol peut y être assez lourd et exempt de matière sableuse. Le plant va alors croître sur palissade de corde; les fruits du Rennais boudent en effet le contact avec la terre, sur laquelle ils peuvent se gâter ou présenter une face peu colorée. Mais avant ce stade, reste encore à bien soigner notre Cucurbitacée: plusieurs pinçages pour que viennent les bons rameaux florifères et un arrosage très surveillé, réduit dès le début du mûrissement des melons. Chaque pied en porte 5 à 6 au final (poids moyen, 500-600 gr. pièce), quantité limite pour une production de réelle qualité; on observe d'ailleurs que se produit une autorégulation de la fructification Juste après nouaison. Faut-il rappeler que les melons sont monoïques, les fleurs mâles apparaissant les premières, groupées, les femelles ou "mailles" venant ensuite de façon solitaire. La pollinisation, 40 à 45 jours après plantation, bénéficie de la visite d'insectes butineurs; aussi, les producteurs de Petit-Gris placent-ils des ruches à Bourdons dans leurs installations.

La récolte et la consommation

La cueillette s'effectue, manuellement et quotidiennement, entre mi Mai et fin Octobre. Pour ce faire, le fruit doit être "frappé" (odeur très parfumée) et "cerné" (gerçures et perlage de nectar autour du pédoncule); ce sont les signes subtils d'une maturité idéale, qu'autrefois les ménagères vérifiaient à leur tour en piquant dans l'aréole du melon une épingle à chapeaux; sûr que M. Th. Rescan ne vous autoriserait plus cela sur ses étals de Cesson, tant elle est attachée à la perfection de sa récolte et consciente de la fragilité de ce melon particulier: il ne lui faut pas de chocs, on ne doit pas le "tester" au doigt... Une préciosité qui justement ne fut pas toujours un atout pour la commercialisation locale, encore moins lointaine, et qui reste un handicap pour les consoles de grandes surfaces. Mais cela ne gêne pas notre "présidente-melonnière" qui préfère une confidentialité (relative!) dans les circuits de distribution à un gâchis de qualité et donc de réputation pour le label. N'allez pas non plus parler de sophistication gastronomique pour le Petit-Gris; il doit être consommé "du jour", rafraîchi quelques heures et c'est tout; il est vrai qu'il se suffit à lui-même, sans aucun adjuvant ni autre arôme.

 

 


Un pied de petit gris et de Benincasa en cours de greffage. Le ruban en plomb sert de lien souple pour le jumelage

 

 


Zoom sur les deux estafilades

 

 

 


On peut voir les feuilles du petit gris et celles du Benincasa (melon sauvage)